mer. Nov 20th, 2019
Air France 320 reverse

Air France 320 reverse © Air France

14 jours de grève: pourquoi et pour quoi ?

La grève de quatorze jours chez Air France initiée par le SNPL aura fait couler beaucoup d’encre, et c’est normal. Des chiffres record, des postures non négociables, des négociations d’apparence, de la galère des clients… tout a été dit. Mais si on cherche à analyser ce magistral échec du dialogue social avec l’œil d’un enquêteur sur un crash aérien, il faut « oublier » ces quatorze jours et s’intéresser à l’avant grève et à l’après grève.

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Air France 320 reverse
Air France 320 reverse © Air France

La grève de quatorze jours chez Air France initiée par le SNPL aura fait couler beaucoup d’encre, et c’est normal. Des chiffres record, des postures non négociables, des négociations d’apparence, de la galère des clients… tout a été dit. Mais si on cherche à analyser ce magistral échec du dialogue social avec l’œil d’un enquêteur sur un crash aérien, il faut « oublier » ces quatorze jours et s’intéresser à l’avant grève et à l’après grève.

Depuis longtemps, Air France cherche à rendre son Moyen-Courrier rentable, sans véritable stratégie marketing, ce que fustige le SNPL. En février dernier, le SPAF lance une grève pour la défense du Moyen-Courrier. Le SNPL signe pendant ce temps un accord transitoire pour la création du secteur loisir (Transavia) au sein d’Air France. Ayant probablement mal communiqué sur cet accord, le SNPL perd peu après son siège au conseil d’administration au profit des représentants du SPAF. Grosse claque ! Puis vient le dépôt du préavis de grève national du mois de mai, qui vise à faire avancer nombre de dossiers gérés au niveau de la DGAC ou de l’état. Mr Gagey (PDG d’Air France) publie une lettre ouverte au président du SNPL qui est tellement maladroite et provocatrice que les déclarations de grève se mettent à tomber à un rythme rarement vu. Dans ces conditions, l’état cède et la grève est annulée. Pendant l’été, de nombreux points de discorde apparaissent entre la direction et le syndicat sur des points qui devraient pourtant se régler simplement. Le ton monte. Puis le rapport commandé par la direction d’Air France concernant sa stratégie tombe : il met clairement en avant la nécessité de développer HOP! sur la France, Transavia sur le loisir, et de conserver la marque AF sur l’alimentation du hub de CDG. A ce moment-là, la flotte A320 AF (moyen-courrier) est à 102 appareils alors que les accords en prévoyaient 136. Même en comptant Transavia (14 avions), il manque 20 coques et autant d’emplois navigants. C’est à ce moment-là que la presse dévoile l’objectif de la direction de faire croître Transavia de 20 machines supplémentaires rapidement… Les pilotes apprennent, encore une fois, par la presse la stratégie secrète (?) de la direction et la colère gronde. Pour tenter d’éteindre un incendie qui menace de devenir hors de contrôle, le DRH pilote se fend d’un papier pour expliquer tout ce qui sera fait pour les pilotes prochainement. Mais les promesses qui sont faites concernent des choses refusées aux syndicats depuis longtemps ou qui viennent d’être actées lors des négociations de l’été… Bref, une communication désastreuse et hypocrite qui a attisé l’incendie au lieu de l’étouffer. Dernier point, les élections professionnelles approchent (printemps 2015) et le SNPL a besoin de « montrer ses muscles » !

Il n’en faut pas plus pour faire éclater ce conflit qui germait depuis longtemps. La direction a préparé son plan depuis longtemps (certainement bien avant la publication du rapport) et le SNPL, qui n’en accepte pas les conditions, se doit de remporter cette épreuve de force pour redorer sa pilule. Le gouvernement finit par s’en mêler en apportant son soutien à la direction, puis aux pilotes, puis à la direction… Il aurait sans doute été profitable de nommer un médiateur dès le premier jour des « négociations ». On essayera d’oublier la fausse manifestation contre la grève organisée par la direction, les « oublis » de retrait des jours de délégation syndicale des négociateurs pour les mettre en porte-à-faux, et toutes ces manœuvres mesquines qui font malheureusement régulièrement partie des « armes » de la DRH.

Et après, que va-t-il rester de tout ce gâchis ? La direction va pouvoir développer Transavia, mais sans accord d’aucun syndicat, fait unique dans l’histoire. Le SNPL a montré ses muscles et espère que les urnes lui en seront reconnaissantes. Mais les traces seront bien plus profondes que ça ! Cette grève a profondément divisé. Elle a monté les pilotes contre les autres personnels de l’entreprise (malgré le ralliement de la CGT !), elle a divisé les pilotes entre eux car on n’a jamais vu autant de passion, d’insultes, de manque de respect envers « ceux qui ne sont pas du même avis ». En effet, en dehors des mots proférés sur des forums internes, il y a eu l’épisode de la page Facebook comportant les noms des « jaunes » (sic) qui a poussé la direction à envoyer les non-grévistes préparer leurs vols dans les aérogares, obligeant ceux qui ne faisaient pas grève à traverser les files de passagers mécontents dont les vols ont été annulés. Il faut espérer que la passion retombe vite, très vite, afin d’éviter les conflits dans les cockpits. Mais pour beaucoup, le grand perdant de cette tragédie, c’est la Direction Générale d’Air France. Car les grévistes comme les non-grévistes ont perdu toute confiance dans le management de leur entreprise, à l’instar de ce que existait déjà envers la DRH. Mr De Juniac, arrivé pourtant avec une réputation de négociateur, aura bien du mal à discuter sereinement avec les PN lors de ses voyages en avion et Mr Gagey a perdu sa crédibilité. Cette crise laissera des traces profondes qui mettront longtemps à se combler. Il faudra sans doute attendre des changements importants dans l’organigramme de l’entreprise, changements qui prendront du temps. Ou pas ?!

Christophe C

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