Boeing 737, les pilotes européens pas d'accords ! – PNC Contact
lundi 17 juin 2019
Boeing 737 Ethiopian

Boeing 737 Ethiopian Airlines

Boeing 737, les pilotes européens pas d’accords !

L’ECA (European Cockpit Association), l’association regroupant les syndicats de pilotes de ligne en Europe, adresse une mise en garde aux régulateurs du monde entier, réunis à Dallas (Texas), pour étudier les conditions de la remise en service du 737 MAX de Boeing.

L’ECA (European Cockpit Association), l’association regroupant les syndicats de pilotes de ligne en Europe, adresse une mise en garde aux régulateurs du monde entier, réunis à Dallas (Texas), pour étudier les conditions de la remise en service du Boeing 737 MAX.

Conscients de « l’importante pression commerciale » que subissent Boeing et la FAA, le SNPL et ses partenaires de l’ECA en appellent à la vigilance de l’EASA.

Les pilotes de ligne européens craindraient-ils que la pression économique incite l’administration américaine à griller les étapes et donne à Boeing un feu vert un peu trop rapide à leur goût ? La réponse est sans ambiguïté. Dans un communiqué de presse diffusé le 23 mai 2019, le jour même où les régulateurs se retrouvent aux USA pour étudier le dossier, l’ECA déclare que :

Les pilotes européens sont extrêmement préoccupés par le fait que la FAA et Boeing envisagent une remise en service sans aborder les nombreuses et délicates questions soulevées par la philosophie de conception de la version MAX8 de cet avion. En particulier, comment imaginer que ceux qui ont conçu et certifié l’avion puissent être capables d’approuver un remède sans s’être remis eux-mêmes en cause ?

Les pilotes européens soulèvent, ici, un point crucial. La crédibilité de la FAA (Federal Aviation Administration) a été fortement remise en question à la suite des deux accidents successifs impliquant le Boeing 737 MAX. L’ECA ne fait pas mystère de ses doutes.

La pente sera raide pour la FAA dans sa stratégie de reconquête de la confiance, d’autant que de mauvaises habitudes ont été prises par le régulateur américain au fil des dernières décennies. Une remise à plat de son fonctionnement est nécessaire, mais elle implique non seulement d’autres relations avec l’industrie et en particulier avec Boeing, mais aussi de nouveaux moyens matériels. Pour l’ECA :

Les deux tragiques accidents de ces derniers mois ont mis en lumière des failles critiques dans la conception du système, dans sa certification initiale et son suivi, ainsi que dans la formation des pilotes.

L’European Cockpit Association étaye son accusation :

Selon nos informations, un seul capteur aurait été choisi pour alimenter un système aussi essentiel pour le vol que celui du MCAS, ce qui le rend extrêmement vulnérable. La formation des pilotes ne comportait aucun entraînement à l’utilisation de ce système, qu’il soit en panne ou en bon fonctionnement.

Pour le syndicat européen, ces impasses étaient délibérées et tendaient vers un seul but : « permettre à l’aéronef d’être classé dans la même catégorie que les précédentes versions du Boeing 737 MAX, épargnant ainsi aux transporteurs le coût d’une nouvelle formation des pilotes de Boeing 737 de types plus anciens lors de leur passage sur Boeing 737 MAX. »

Les pilotes européens accusent et mettent en question la légitimité de Boeing et de la FAA pour la remise en service du Boeing 737 MAX :

Comment un concepteur et un certificateur qui ont précédemment failli en approuvant la mise en service d’un avion déficient peuvent-ils apporter à présent une solution de manière crédible sans une remise en cause importante ? Boeing et FAA se doivent de prendre enfin leurs responsabilités et faire preuve de transparence dans cette affaire.

Et l’ECA de se tourner vers l’EASA qui selon lui « a un rôle clé à jouer en Europe en fournissant aux pilotes et aux voyageurs des garanties de transparence et d’indépendance. » Les pilotes encouragent l’agence européenne à faire preuve de « rigueur » et « d’indépendance ».

La remise en service du Boeing 737 MAX risque d’être plus compliquée que ne l’anticipaient la FAA et Boeing.

Boeing 737 MAX, la Justice américaine entre en scène

La justice américaine a décidé de faire la lumière sur les relations entre Boeing et les autorités fédérales (FAA) chargées de certifier ses appareils Boeing 737 MAX , après deux accidents qui ont fait 346 morts à moins de cinq mois d’intervalle.

Cette enquête, supervisée par la division criminelle du ministère de la Justice des États-Unis et menée par l’inspecteur général du ministère des Transports, a été ouverte en réponse à des informations obtenues après l’accident de l’avion de Lion Air Boeing 737 MAX 8 peu après son décollage de Jakarta.

Le 11 mars, soit le lendemain de la tragédie du vol d’Ethiopian Airlines, la justice a assigné au moins une personne impliquée dans le développement du programme Boeing 737 MAX à fournir des documents, incluant des lettres, des courriels ou d’autres messages, révèle le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier. Le 20 mars 2019 le FBI a rejoint l’enquête criminelle en cours concernant la certification du Boeing 737 MAX et menée par des agents du département américain des Transports selon le Seattle Times.

Peter De Fazio, le président de la Commission parlementaire des Transports à la Chambre des représentants, a lancé l’enquête sur le processus de certification du Boeing 737 MAX par un grand jury fédéral, ajoutant que des auditions publiques de responsables de la FAA ne sont pas exclues.

Face à l’ampleur de la crise de confiance, le PDG du constructeur aéronautique, M. Dennis Muilenburg, a publié un long message écrit et en vidéo pour réaffirmer que «la sécurité (était) au cœur de qui nous sommes chez Boeing ; assurer des vols sûrs et fiables sur nos appareils est une valeur bien établie et un engagement envers tout le monde ».

L’affaire « prend un tour entièrement nouveau avec l’enquête criminelle », a réagi Scott Hamilton, expert aéronautique chez Leeham Company. « Contrairement à la France où les enquêtes criminelles sont habituelles quand il y a un accident d’avion, c’est très, très rare aux Etats-Unis ».

Avec l’aimable autorisation de Christian Roger

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