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lundi 17 juin 2019
Hôtesse de l'air Air France

Hôtesse de l'air Air France © Air France

Hôtesse de l’air, déjà 70 ans…

Il y a maintenant 70 ans qu’on eut lieu les premiers recrutements d’hôtesses de l’air chez Air France. C’était la première fois qu’une compagnie aérienne française imitait les compagnies aérienne américaine et embauchait du personnel de bord féminin.

Hôtesse de l'air Air France
Hôtesse de l’air Air France © Air France

Il y a maintenant 70 ans qu’ont eu lieu les premiers recrutements d’hôtesses de l’air chez Air France. C’était la première fois qu’une compagnie aérienne française imitait les compagnies aérienne américaine et embauchait du personnel de bord féminin pour remplacer le personnel masculin déjà présent à bord des avions.

Si au début elles n’étaient là que pour des taches peu nombreuses et avaient pour mission principale de « gérer l’ambiance », avec le temps, elles ont eu de plus en plus de tache liées à la sécurité des passagers. Elles gagneront le droit de se marier en 1963 et même d’avoir des enfants ou encore de devenir « rondes » !

Le Figaro avait un journaliste présent en mars 1946 pendant les sélections des premières hôtesses de l’air.


Article paru dans Le Figaro du 3 mars 1946

Révolution dans le ciel

Les «Hôtesses de bord» remplaceront, le mois prochain les stewards sur les avions d’Air France

Elle avance. Trente mètres à faire entre les flaques d’eau et les ornières neigeuses du Bourget. Elle fait partie du groupe des quelque cinquante postulantes, sélectionnées par Air France, pour le nouvel emploi «d’hôtesse de bord». Elle vient d’un pas lent, tête nue, maniant avec aisance un parapluie roulé vert acide. Des sportifs diraient qu’elle a du «style». La voici de près, menue, fine; des cheveux châtains, des yeux bleus vifs. On la sent intimidée. Elle se force à sourire. Elle se présente à Mme Loeve, qui dirige le service psycho-technique d’Air France, et à qui incombe la tâche ingrate de soumettre aujourd’hui, toutes ces jeunes femmes à d’implacables tests.

-Vous avez vos deux photographies? Parfait. Quelles langues étrangères présentez-vous?

-Je parle couramment l’anglais, l’espagnol moins bien.

-Merci. Prenez ce numéro et veuillez-vous rendre dans ce bâtiment…

Voici la suivante. Celle-ci s’avance rapidement, elle porte un chapeau; une blonde décolorée, du type slave, un peu massive.

-Do you speak english?

Elle répond fâcheusement: «Yes».

Une autre brune, une rousse, une nouvelle blonde: même cérémonial.

Depuis une demi-heure je les vois défiler ainsi. Choisies «sur titres» après un premier triage, les candidates affrontent dans cette cour encadrée de baraques en planches, et sous des nuages de pluie, un «jury» qui cote leur allure générale de 1 à 5.

Des grandes, des petites, des visages luisants ou rongés de froid; des fonds de teint trop ocre, des lèvres trop rouges, roses, carminées, raisin noir; des noms à particule, d’autres moins longs ou plus obscurs; des yeux noirs, verts, bruns, doux, sévères; des jambes sans bas, des mains gantées, des robes écossaises, des manteaux bleus, des capes d’infirmières, des trench-coats, des canadiennes en peaux de mouton belge…

Un recrutement sévère

Qu’exige-t-on d’elles? Tout simplement ceci: être âgée de 21 à 30 ans, mesurer 1 m.55 à 1 m.65, peser de 45 à 65 kilos, ne pas avoir plus de 70 centimètres de tour de taille, présenter toutes garanties d’ordre moral, être célibataire, veuve ou divorcée sans charges, montrer un visage avenant, de la personnalité, de la distinction; posséder la première partie du baccalauréat, sinon, le brevet d’études primaires supérieures, le diplôme d’État d’infirmière, d’assistante sociale ou de secouriste de l’Air. Ce n’est pas tout: il faut parler enfin, et couramment, une langue étrangère, l’anglais de préférence, et se «débrouiller» dans la langue de Goethe, de Cervantès ou du Dante. Ne vous étonnez donc pas qu’un tel criblage n’ait laissé, en cet après-midi, que cinquante premières élues.

Je les vois maintenant assises de dos, comme des écolières à leur pupitre, un crayon à la main, une grande feuille de papier bleu sous les yeux. Elles écoutent d’une opératrice les conditions de leur premier test: barrer le plus rapidement possible et sans erreur trois hiéroglyphes d’un dessin particulier parmi plusieurs centaines d’autres, cependant que toutes les minutes il leur faudra inscrire un chiffre à l’endroit où se trouvera alors la pointe de leur crayon.

90 heures de vol par mois

Toute cette semaine elles seront ainsi soumises â l’examen psychotechnique, individuellement ou collectivement, et subiront leurs épreuves de conversation étrangère.

Etre hôtesse, le Rêve… La Réalité c’est demain pour les triomphatrices l’évasion quotidienne vers les capitales européennes au rythme de 90 heures de vol par mois. Leur salaire? Mettons deux fois celui d’une bonne secrétaire. Leurs fonctions? Donner, comme sur les lignes américaines, toutes les attentions et les prévenances que seule une main féminine sait dispenser. L’«hôtesse» aura à accueillir le voyageur, à s’occuper de toutes ses questions de confort, à s’occuper pour lui des formalités administratives fastidieuses. On envisage même dans ses obligations d’être pour quelques heures la maîtresse de maison, qui aura à présenter les uns aux autres les compagnons du voyage, et même l’équipage.

Aux Etats-Unis, l’«hôtesse», création d’avant-guerre, est définitivement inscrite dans le personnel volant. En France, on en était resté au steward homme. L’expérience féminine mérite d’être tentée. Elle ouvre, en tout cas, une nouvelle carrière à une élite de jeunes femmes.

La semaine prochaine, celles qui auront été retenues après ces premiers examens passeront une visite médicale très sévère, qui éliminera encore plusieurs d’entre elles. Puis les nouvelles sélectionnées, engagées alors par Air France et payées, commenceront dans une propriété des environs de Paris un stage de deux mois, où leur métier leur sera enseigné. Pour beaucoup d’entre elles, le vol aérien sera alors un baptême. Toutes seront-elles d’ailleurs aptes? Enfin, le 15 avril, les premières «hôtesses» entreront «en service», fin prêtes, sur Paris-Londres, Paris-Stockholm, Paris-Zurich. Air France n’aura alors plus rien à envier au standing de confort 1946 du transport aérien.

Un grave problème: l’uniforme

Comment seront-elles habillées? La question n’est pas sans importance pour notre pays qui fait du vêtement féminin une de ses industries-clés. Il ne faut pas que l’hôtesse française rappelle, par son uniforme, la femme soldat, l’infirmière, l’assistante sociale, la «stewardesse» du transatlantique, ou «la barmaid». Pas de calot, ni de «Jean-Bart», vraiment trop encombrant. Air-France a demandé la collaboration des grandes maisons parisiennes pour dessiner les costumes d’été et d’hiver de ses hôtesses. Aucun couturier n’a encore répondu*.

Comment le voyageur français réagira-t-il envers les hôtesses? Le personnel navigant d’Air France, lui, voit arriver avec plaisir des aides qui le débarrasseront d’un monceau de paperasseries dont il a jusqu’ici mission de s’occuper mais il est dans l’ensemble sceptique sur la résistance physique qu’auront ces jeunes femmes: «Elles ne tiendront pas le coup, c’est trop dur…»

Ce n’est, d’autre part, un secret pour personne que le «déchet» a été très important au début de l’expérience américaine des «hôtesses». On exige tellement d’elles et elles sont a priori si parfaites que beaucoup d’hommes leur ont proposé d’abandonner leur profession et de devenir «hôtesse de leur Home». Nombreux sont donc les mariages qui sont venus sanctionner des rencontres faites au-dessus du Tennessee ou du Wyoming. Pourquoi n’en sera-t-il pas de même en France? On ne se fait pas d’ailleurs trop d’illusions à Air France et l’on prévoit des «départs» analogues.

Aussi, dès le premier stage terminé, une nouvelle promotion d’«hôtesses» sera choisie et éduquée.

Par Philippe Roland


Le métier à évoluer, les mœurs aussi ! Mais comment définir l’hôtesse de l’air de 2016 par rapport à celle de 1946 ?

 

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2 thoughts on “Hôtesse de l’air, déjà 70 ans…

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