Air France – KLM perd son PDG suite au referendum organisé par la direction concernant les hausses de salaire. Les salariés se sont prononcés à une courte majorité contre le projet de la direction et, comme il s’y était engagé, Jean-Marc Janaillac va démissionner de ses fonctions au sein du groupe Air France – KLM.
Jean-Marc Janaillac a indiqué :
J’espère que mon départ permettra de créer une prise de conscience collective et d’amorcer les conditions d’un rebond.
Après une très bonne année 2017 qui a vu le retour dans le vert d’Air France le premier trimestre 2018 est bien mauvais avec une perte nette de 269 millions d’euros. Les jours de grève d’avril et mai vont sans doute également fortement impacter les résultats du 2eme trimestre d’Air France.
Air France se retrouve donc sans personne à la barre et avec un mouvement social qui fait perdre des millions d’euros à chaque jour de grève. Quel sera la position de la nouvelle direction, laisser le mouvement s’épuiser, accepter les revendications ou bien délivrer une fin de non-recevoir à la vue des résultats de ce début d’année ?
Voici la retranscription de la déclaration de Jean-Marc Janaillac suite au referendum :
Il y a deux semaines, face à la situation de blocage que nous traversions, j’ai souhaité organiser une consultation de l’ensemble des salariés d’Air France, qui s’est terminée il y a quelques minutes. Chacun a pu se prononcer et répondre à la question pour permettre une issue positive au conflit en cours: ‘êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril 2018?’.
Sur les 46.771 salariés appelés à voter, le taux de participation est de 80,33%. Cette forte participation montre que chacun tenait à faire entendre sa voix. Je veux aujourd’hui remercier chaque salarié d’Air France qui a choisi de s’engager à ce moment crucial de la vie de notre compagnie, quel que soit le sens de son vote. Avec 55,44% des suffrages exprimés, les salariés se sont majoritairement prononcés pour le non. Je n’ignorais pas que toute démarche de consultation de ce type comportait le risque que s’exprime, au-delà de la question posée, toutes les insatisfactions et les impatiences, encore nombreuses, dans la compagnie. Au-delà des attentes salariales, ce vote est la traduction d’un malaise. Il appelle une transformation profonde.
En cohérence avec l’engagement que j’ai pris dès le lancement de cette consultation, j’assume les conséquences de ce vote et je remettrai dans les prochains jours ma démission au conseil d’administration d’Air France et à celui d’Air France-KLM.
J’espère que mon départ permettra de créer une prise de conscience collective et d’amorcer les conditions d’un rebond. J’ai toujours cette conviction forte, celle qui m’a conduit en 2016 à rejoindre ce groupe: Air France et Air France KLM disposent de tous les atouts pour être un des plus beaux groupes de ce secteur. En moins de deux ans, les résultats accomplis le prouvent: nous avons lancé une nouvelle compagnie aérienne, accompagné le développement de Transavia, poursuivi la montée en gamme et la rénovation des cabines et des salons, et accueilli de nouveaux avions dans notre flotte.
Après des années de stagnation, nous avons repris le chemin d’une forte croissance de l’offre. En 2017, nous avons également ouvert le capital du groupe à Delta et à China Eastern, créé une joint-venture globale unique avec Virgin Atlantic et Delta, lancé notre partenariat avec Jet Airways, tout ceci nous ayant permis de développer et renforcer notre réseau et notre présence mondiale. En 2017, nous avons aussi amélioré notre résultat d’exploitation, et avons largement partagé cette amélioration avec nos salariés grâce au doublement de l’intéressement. Notre dette a été réduite de deux milliards d’euros, confortant la solidité financière du groupe. Même si les marges de progression restent importantes, Air France était sur le chemin de la réussite et je ne peux que regretter que cette dynamique n’ait pas été comprise et partagée.
Treize journées de grève et plus de deux mois de conflit ont affaibli Air France, compromettant sa performance et son avenir. C’est un immense gâchis qui ne peut que réjouir nos concurrents, fragiliser nos alliances et déboussoler nos équipes. J’ai conscience que les efforts de ces dernières années ont été un engagement de tous les salariés pour leur avenir. Certaines organisations syndicales pensent que ces efforts devraient être remboursés. C’est économiquement impossible et ce serait surtout un suicide. Dans un marché mondial hautement concurrentiel et qui ne nous attend pas, Air France n’a pas les moyens de perdre plus de temps, de subir des divisions internes et de faire douter ses clients, ses partenaires, comme ses actionnaires.
J’espère désormais qu’Air France saura se donner les moyens de son rebond, saura engager sa transformation profonde, saura dépasser un dialogue social dont le fonctionnement appartient à un autre temps, et surtout, saura oublier les clivages et les rancœurs pour sortir de la défiance qui la mine. Avec le sentiment de m’être sincèrement et totalement engagé depuis deux ans, j’ai ce soir un immense regret: que nous n’ayons pas, au sein d’Air France, été capables de recréer les conditions de la confiance.
Bonne chance à Air France pour les mois à venir qui seront sans doute difficiles, KLM pourrait bien vouloir mettre de la distance vis-à-vis d’Air France et, pourquoi pas, prendre son indépendance…
